Life During Wartime (Todd Solondz)

Lundi 14 juin 2010

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Un groupe de personnages tourmentés par des monstruosités plus ou moins intenses, des névroses plus ou moins profondes, des crimes plus ou moins graves, qu’ils tentent à tout prix de (se) pardonner. Trois sœurs, Joy, Trish et Helen, les relient.

J’avais donc rattrapé Happiness quelque temps avant de voir ce film, et bien m’en a pris, car – je l’ignorais totalement – Life During Wartime est une sorte de réécriture de Happiness, ou une sorte de suite, ou une variation… En tout cas un exercice de cet ordre.

Ce qui est évidemment très intéressant, c’est que l’action se déroule plus tard, que ce sont à la fois les mêmes personnages et à la fois pas du tout. Le casting est intégralement différent, mais les personnages sont bien là.
Le début du film est ainsi assez prenant, surtout quand on a vu par hasard Happiness juste avant et qu’on reconnaît le décor, les objets, les prénoms…

Il y a deux acteurs que j’affectionne particulièrement, dans ce film : Shirley Henderson (Harry Potter, Miss Pettigrew) et sa voix si particulière et si fascinante, qui récolte ici le rôle de Joy (tenu auparavant par Jane Adams). Joy devient alors cette petite personne fluette qui, parfois, a presque l’air d’être un peu plus épanouie, mais qui est en fait profondément brisée, même si une certaine assurance surnage encore, parfois. Autant j’avais beaucoup aimé Jane Adams, autant ici on est dans quelque chose de plus incarné, et d’assez bouleversant.
L’autre acteur, c’est Ciarán Hinds, vu lui aussi dans Miss Pettigrew, qui a, je trouve, une très belle présence. Ici, il reprend le rôle du père-psychanalyste pédophile, mais à sa sortie de prison. Le poids se lit sur son visage, il y a quelque chose de bestial et de très humain et d’atrocement lucide qui se dégage de son interprétation.

C’est en fait tous les personnages qui semblent plus incarnés, plus vivants, davantage faits de chair et de sang. Cela rend Life During Wartime moins froid que Happiness ; on sent que le regard du réalisateur se fait moins lointain, moins faussement désintéressé.

La scène entre le père et le fils aîné est terriblement étrange, lourde de détails (les bonbons, l’eau) mais incroyablement forte. J’aime à quel point l’ensemble du film est toujours ancré dans le réel, un réel toujours un peu moche, plein de défauts à l’arrière-plan (et quand il est clinquant et tape-à-l’œil, comme chez Helen, « celle qui a réussi », il n’en est pas moins moche).

Il est question d’oubli, de pardon, le fameux « forgive and forget ». Qui se décline, en fait, dans une série de sous-questions : vaut-il mieux oublier et pardonner, oublier sans pardonner, pardonner sans oublier ? Timmy, le petit garçon, hérite en effet de casseroles bien lourdes à porter, entre son père qu’il croit mort et dont il apprendra le crime, sa mère qui lui parle de sa vie sexuelle… Tous les personnages sont, à proprement parler ou non, hantés. Et cette impression est renforcée par les réminiscences du film de 1997 qui affleurent sans cesse.

Il y a toujours aussi, bien sûr, des petits moments amèrement drôles (par exemple, toujours dans la façon dont Joy est traitée par sa propre famille).
Amer, juste, avec toujours la tentation de la provocation, on sent quand même que Todd Solondz cherche un peu moins à choquer qu’avant. Il a raison, car au fond ce n’est pas forcément son point fort…


IMDB vient de publier la bande-annonce du film :
http://www.imdb.com/video/imdb/vi2739734297/

Lovely Bones (Peter Jackson)

Mercredi 10 mars 2010

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Susie Salmon mène une vie d’adolescente ordinaire. Un soir, en revenant de l’école, elle rencontre son voisin qui l’attire dans un piège et l’assassine. Une fois morte, Susie a beaucoup de mal à laisser sa vie derrière elle, tandis que sa famille et ses proches font face à sa terrible disparition.

J’ai vu le film après beaucoup de gens, après avoir entendu à quel point il était raté, laid, mal fichu, inintéressant.

Encore une fois, l’attente joue toujours beaucoup pour moi, dans un sens ou dans un autre. Aurais-je aimé autant si je l’avais vu plus tôt, ou sans entendre aucun avis ? Je ne sais pas.

En tout cas, oui, je pense que d’un côté, le film est raté, car il manque pas mal de choses du livre d’Alice Sebold (que j’ai eu la chance de lire il y a quelques années, et dont je ne me souviens, du coup, presque plus), et aussi parce qu’il y a quelques détails esthétiques de goût douteux. Je ne suis pas complètement réfractaire aux effets spéciaux qui constituent le « paradis », mais le passage magazine / disco passe assez mal. Et puis le personnage de la grand-mère est particulièrement hors de propos aussi, avec sa séquence « montage » où tout le monde s’amuse… (!) On se demande un peu ce que ça vient faire là, à part pour distraire Susan Sarandon… Et enfin, je suis totalement perplexe pour le choix de l’acteur qui interprète Ray, car je trouve la différence d’âge assez perturbante… (et en plus il est assez mauvais).

On dit aussi beaucoup de mal de Mark Wahlberg. Il est certes un peu jeune pour le rôle (qu’aurait-on dit de Ryan Gosling, prévu avant lui ?) mais je le trouve relativement convaincant. Cette jeunesse le rend fragile, le rend proche. Rachel Weisz irradie, comme d’habitude, mais son personnage n’est pas assez présent.

La sœur en revanche est probablement le personnage secondaire le plus réussi, celui par lequel beaucoup d’émotions passent dans la deuxième partie du film. On s’émeut avec Susie de la voir grandir. Sa scène de bravoure chez Harvey est haletante, non seulement parce que la réalisation et le montage en sont splendides, mais aussi parce que cette sœur qui se bat, qui avance, tout en tenant bon et en gardant en tête le passé, nous touche. Que dire ensuite de ce double geste qu’elle a en rentrant chez elle et en trouvant sa mère (de cacher d’abord le carnet, puis de le brandir, d’un coup).

Le film est à mes yeux plein de ces moments-là. Des fulgurances, des scènes si bien faites, si touchantes avec simplement des détails, que j’en oublie le reste. Je peux en citer beaucoup, mais je me contenterai de quelques-unes. Quand Susie démarre la voiture avec son frère qui s’étouffe. Dans la pièce blanche avec Harvey dans la baignoire. Quand Susie décide de rentrer dans la maison obscure. Dans le jardin de Harvey, quand Mr. Salmon comprend, leurs échanges, leurs regards autour de ces brindilles absurdes.

Stanley Tucci est terriblement grimé mais il incarne assez parfaitement Harvey, et en est terrifiant. Rien à voir avec les serial killers sympas qui peuvent habiter nos écrans dernièrement (non pas que je n’aime pas Dexter, attention). Ici on ressent la mort. L’horreur du sang, la sauvagerie qui consiste à découper, à emballer, à enfermer, à enterrer.

Et puis il y a Saoirse Ronan. Elle était déjà excellente dans Reviens-moi et ici elle récolte un rôle très difficile, dans lequel d’ailleurs elle n’est pas époustouflante. Mais. Mais parfois, dans ses yeux, quelque chose d’unique passe, quelque chose qui mélange à la fois terreur et émerveillement, et qui arrive à saisir de manière incroyable ce moment tangent où l’enfance se transforme en adolescence, et la terreur que c’est, d’avoir une petite fille morte en soi.

Le film, au fond, ne (me) parle que de ça, et ces fulgurances, ce regard, sont si bouleversants que peu importe que le paradis soit trop coloré ou que la chanson de fin soit mal choisie. Ces moments-là font beaucoup avec peu, avec des détails, arrivent à créer de l’émotion avec des cadrages, un montage bien pensé, une lumière adaptée. C’est comme ça qu’on sait qu’il y a un vrai metteur en scène derrière tout ça, et, bon sang, ça n’arrive pas tous les jours…

Là-haut (Pete Docter & Bob Peterson)

Dimanche 9 août 2009

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Un vieil homme solitaire et grincheux décide de faire s’envoler sa maison en y attachant des centaines de ballons, afin de la déposer à l’endroit dont lui et sa femme ont rêvé toute leur vie.
Peu après le « décollage », il s’aperçoit qu’un petit garçon a été malencontreusement emmené pour le voyage.

Visible en 3D dans certaines salles, Là-haut se présentait dans sa bande-annonce comme un film d’aventures coloré avec un schtroumpf grognon à la barre. Au final, et c’est tant mieux, la bande-annonce ne nous montrait qu’une infime part de ce qu’est le film (comme pour WALL-E à l’époque). Le studio Pixar nous offre une fois de plus une qualité d’animation et de scénario au-dessus de la majorité du reste de la production animée.

La structure du récit se rapproche d’ailleurs assez de celle de WALL-E : un début presque sans dialogues, présentant le personnage, puis la rencontre, puis les aventures, puis le retour.
Le moment le plus réussi du film se situe presque au tout début, avec un long passage, presque muet, nous présentant de manière accélérée la vie du couple, et réussit, à l’instar du générique de Spider-Man 2, à émouvoir profondément en quelques minutes. Les enjeux sont placés, les gags de la bande-annonce et le caractère du vieil homme s’en trouvent réévalués et tout n’en devient que plus riche.

La suite, plus axée sur l’aventure, part dans d’autres directions, avec des créatures en tout genre, plus fantaisistes les unes que les autres, et clairement comiques.

Je n’ai pas envie d’en dire beaucoup plus car j’ai énormément apprécié ne quasiment rien savoir du film, et être réellement surprise par rapport aux images et extraits vu par-ci par là.

En tout cas, avec des thématiques fortes (la vieillesse, l’amour – sous différentes formes -, le rêve), Là-haut ne se hisse pas jusqu’à WALL-E et à ses variations métaphysiques, mais réussit, une fois de plus, le pari de la qualité technique associé à celle du récit, avec toujours cette pointe d’humour et de poésie qui fait la marque Pixar.

A noter que le court-métrage traditionnel de début de séance, Partly Cloudly, est très inventif, très fantaisiste et très touchant. Attention : tous les cinémas ne le diffusent pas. Renseignez-vous !

Le limier (Kenneth Branagh)

Lundi 3 mars 2008

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Quand on connaît l’original de J.L. Mankiewicz, on sait déjà, avant d’entrer dans la salle, que la comparaison n’est pas possible.
Je veux dire, que ceux qui veulent comparer passent leur chemin ; que ceux qui n’ont pas vu le film de 72 se le procurent d’abord et voient celui-là ensuite, pour ne pas se gâcher le premier.

Kenneth Branagh emmène les deux personnages sur un tout autre terrain, celui d’une homosexualité maladroitement mise en valeur. Jude Law et Michael Caine semblent se délecter de prononcer ces phrases à double sens, comme s’il s’agissait d’une performance en soi.
Cela laisse un peu perplexe.
Tout comme l’utilisation de ce décor ‘high tech’ qui aura pris un sacré coup de vieux dans…… 1 an ? A l’image de l’utilisation d’une télécommande Apple comme gadget suprême…
On a un peu l’impression de voir une sorte de « film de vieux », en fait.

Malgré tout je n’y peux rien, j’ai un certain degré de fascination devant cette entreprise ratée. Ratée, je savais qu’elle le serait, puisque sur le papier elle l’est déjà. Raté comment, c’est déjà plus intéressant. Voir les chemins choisis. Voir ce que ça implique pour les principaux intéressés (acteurs, réalisateurs). Je ne connais pas la pièce originale et si ça se trouve, c’est le film de Mankiewicz qui lui est le plus infidèle, qui sait ?
En bref, le film ne vaut que pour son existence avec et contre celui de 1972, il serait probablement intéressant de réfléchir des heures sur le sujet et de pondre une critique dithyrambique tirée par les cheveux. Ce ne sera pas mon propos, d’autant que j’ai déjà oublié beaucoup de cet étrange remake.

La légende de Beowulf (Robert Zemeckis)

Lundi 19 novembre 2007

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(film vu dans la salle IMAX à Londres, plus proche endroit pour voir le film tel qu’il a été concu, c’est à dire avec la technologie 3D, et en VO bien sûr)

Beowulf c’est une belle histoire, un beau scénario, avant tout. C’est une histoire de héros, et c’est, comme tout récit épique ou mythologique, chargé d’un message universel et intemporel.

Un « héros » à la base, c’est un demi-dieu, c’est à dire le fils d’un dieu ou d’une déesse. Ici, Beowulf s’impose d’emblée comme fils de personne, ou presque. Son héroïsme, il ne veut le devoir qu’à lui. Ancêtre du self-made man, il revendique les actions les plus courageuses, les plus spectaculaires, allant jusqu’à l’exagération, se montrant sans faille, sans possibilité d’échouer. Mais on est tous fils de quelqu’un, le fils d’un père, le fils de quelqu’un qui a failli.

Ces « sins of the fathers » résonnent encore dans ma tête et sont la colonne vertébrale thématique du film ; ils transcendent les personnages, du plus pathétique (magnifique Grendel) au plus ambigu (Beowulf, donc). A côté de cela, la femme est soit une tentatrice maléfique qui choisit ses proies pour procréer, soit une inaccessible beauté que l’on ose pas toucher et qui restera majestueuse mais inféconde. (Soit une pouffiasse au visage loupé, mais passons).

Voilà. L’essentiel est là.

Evidemment Beowulf c’est aussi des scènes d’actions formidables, depuis les monstres marins jusqu’au dragon, c’est large, généreux, le sang coule, les entrailles dégoulinent, et j’aime ça.

Les effets de la 3D rendent époustouflants des tas de petits détails, des petits galets sur une plage, les pores d’une peau, le vertige d’une envolée vers l’arrière, à travers des branches, à travers le froid, jusqu’à un endroit où l’on ne veut pas aller mais où on ira quand même. La 3D plonge le spectateur dans l’action à un point où il ne peut pas reculer, ni esquiver. C’est presque trop fort, trop présent. (C’est d’ailleurs probablement un peu ce que devaient ressentir les gens au début du 20ème siècle quand ils voyaient un film… Un train qui leur fonçait dessus quoi !)

Là où Le Pôle Express n’était qu’une succession de scènes-divertissements sans aucun intérêt, Beowulf gagne en profondeur puisqu’il possède un fond qui fait que oui, ça fait un peu peur, mais oui, on va se laisser porter jusqu’au bout. Et à côté de ça, le film assume tout à fait son statut de divertissement, AUSSI.

Evidemment, pour la fan de Robin Wright Penn que je suis, il y a une frustration immense du côté de ce personnage, pas forcément très réussi techniquement, et je préfèrerais mille fois la voir elle, en chair et en os. Et puis, de temps à autre, je me suis dit que certaines scènes « simples », c’est à dire de dialogues, par exemple, seraient encore plus puissantes avec de la vraie chair, des vrais regards (même si j’ai été époustouflée par le travail fait là-dessus
justement – c’est paradoxal), parce que c’est aussi ça qui est beau dans un film : voir de minuscules détails sur le visage d’un acteur, une faille, un mini-truc. Ici il faut clairement oublier ça et s’accrocher à autre chose.
Je mets en revanche à part le dernier plan, sublime, qui est incroyable dans ce qu’il fait passer à travers ces deux paires d’yeux. Des yeux « numériques », oui, mais pourtant très « vrais ».
Wiglaf est d’ailleurs un très beau personnage, et j’adore cette fin parce qu’elle est ouverte et qu’on y met ce qu’on veut, ou tout à la fois : le doute en l’homme, et/ou la confiance…

Que dire de plus ?

Que je n’ai pas été bouleversée. Transportée, parfois. Emue souvent. Emerveillée aussi. Et ça c’est bien, l’émerveillement.

Ah oui et aussi, Beowulf a un corps de fou, des abdos de dingue.
(Angelina c’est intéressant aussi mais on reste un peu sur sa faim : c’est là qu’on se rend compte de la puissance du téton en fait, hm. En tout cas son physique est terriblement bien utilisé, elle est mieux là qu’ »en vrai »…)

Mais la revision (en 2D donc) s’impose, et je suis curieuse de voir ce qui restera.

Pour l’instant je reste donc à ma note à la sortie de la salle, tout en sachant qu’elle pourra évoluer, dans un sens ou dans l’autre.

Lord Of War (Andrew Niccol)

Lundi 9 janvier 2006

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Ça commence sur un générique fascinant, peut-être moins par ce qu’il montre (impressionnant et froid mais finalement relativement attendu) que par l’écho qu’y trouve la chanson « For What It’s Worth » par Buffalo Springfield. Le ton est donné : on est dans un film au cynisme très poussé mais jamais complaisant, ancré dans une réalité (ici sonore) familière qui nous rattache assez directement à l’enjeu du film sans entrer dans la redondance.

Nicolas Cage est parfait dans ce rôle dur, épais mais avec assez de relief pour le teinter de plusieurs couleurs ; Jared Leto est un faux double attachant ; Ethan Hawke très bien dans ce rôle d’incorruptible jamais sanctifié. Le film peine un peu à prendre son rythme dans son début, puis, de scènes choc en luttes feutrées, finit sur un monologue implacable de Nicolas Cage, sommet et aboutissement d’une œuvre lucide et sombre, mais jamais vraiment désespérée.

Pour le reste, tout est très beaucoup mieux dit … notamment sur les thématiques de Niccol et les enjeux des personnages. Alors je me tais et je choisis la facilité :-)